Tout a débuté il y a quelques mois.
Je venais de vivre un chagrin d'amour dont il vaut mieux ne pas parler.
À ma souffrance s'ajoutait la honte de la souffrance. Pour m'interdire une telle douleur, je m'arrachais le coeur. L'opération fut facile mais peu efficace.
Le siège de ma peine restait, qui logeait partout, sous et sur ma peau, dans mes yeux et dans mes oreilles. Mes sens étaient mes ennemis qui ne cessaient de me rappeler cette stupide histoire.
Je décidais alors de tuer mes sensations. Il me suffit de trouver le commutateur intérieur et de basculer dans le monde du ni-chaud, ni-froid.
Ce fut un suicide sensoriel, le commencemant d'une nouvelle existence.
Dés lors, je n'eus plus mal nulle part, je n'eus plus rien, la chappe de plomb qui bloquait ma respiration disparut, le reste aussi.
J'habitais une sorte de néant
Passé le soulagement, je me mis à m'ennuyer...
Amélie Nothomb